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novembre 24, 2025

Campagne Liberté #1

« Ils croient en la censure, nous en la liberté. »

La censure peut d’abord apparaitre comme une solution rassurante face à des propos jugés dangereux ou extrêmes. Beaucoup y voient un moyen simple de protéger les personnes vulnérables, d’éviter la désinformation ou de maintenir un climat social stable. Cette réaction s’appuie sur une peur du désordre moral et sur la rapidité de diffusion des idées, notamment via les réseaux sociaux.
La première partie du slogan – « Ils croient en la censure » – fonctionne parce qu’elle évoque cette tentation de confier à une autorité le contrôle des discours pour garantir l’harmonie collective. Psychologiquement, l’idée qu’on puisse supprimer certains propos pour éviter les tensions peut créer un sentiment de sécurité. Cette garantie de sauvegarde peut être attrayante, en particulier dans un contexte où les crises d’information ou les conflits idéologiques semblent difficiles à contrôler.

Bien que la censure offre un environnement plus sécurisé, elle comporte de multiples contraintes tant sur le plan théorique que pratique. Un premier obstacle est la détermination même de ce qui mérite d’être censuré : qui détermine qu’une idée est « dangereuse » ? Sur la base de quels paramètres ? Au fil de l’histoire politique, la censure a fréquemment dépassé ses visées initiales, évoluant graduellement d’une intention de protection vers un outil d’exclusion ou de contrôle idéologique.
Sous prétexte de protéger la révolution et l’État soviétique, le régime stalinien a utilisé la censure pour supprimer toute critique et imposer une vision unique de la réalité. Il a neutralisé les voix dissidentes de la vie culturelle et intellectuelle en interdisant certaines œuvres et en réécrivant l’histoire. Ainsi la censure servait à modeler l’opinion publique et transformait la population en un instrument de légitimation du pouvoir.

D’un point de vue sociologique, la censure peut engendrer un effet contradictoire : au lieu d’éliminer une idée, elle peut la rendre plus attrayante pour certains auditoires. Restreindre l’accès public à certaines idées ne signifie donc pas qu’elles disparaitront : cela pourrait plutôt priver la société des instruments nécessaires pour les analyser, les critiquer et les déconstruire rationnellement.
La censure peut donc engendrer une sorte d’infantilisation intellectuelle. En confiant le choix des idées valides à une entité centrale, on diminue la responsabilité et l’indépendance tant des individus que des groupes. Dans une société pluraliste, cela peut entraver la faculté de s’informer, d’exercer son discernement ou de s’impliquer pleinement dans la vie démocratique.

Une vision libérale de la liberté d’expression repose sur le principe que les sociétés se développent quand les idées sont diffusées sans entrave, tant que certaines garanties juridiques protègent les individus contre des attaques directes comme la calomnie, l’incitation à l’agression ou la discrimination systématique.
Cette perspective ne se fonde pas sur un laisser-aller total, mais sur une combinaison d’autonomie et de responsabilité. Dans ce contexte, la solution à la censure repose sur l’établissement d’un milieu où les idées peuvent être analysées, débattues, contestées et remises en perspective. Le but n’est pas d’esquiver le conflit, mais de le transformer en source de fertilité : un affrontement d’opinions peut révéler les faiblesses des arguments et améliorer la compréhension réciproque. L’équilibre et la transparence de l’échange d’idées sont renforcés par l’éducation au discernement critique. Le défi consiste à établir une société où la liberté d’expression ne représente pas seulement un droit, mais également une culture collective : une culture axée sur le dialogue, la responsabilité et l’estime mutuelle.